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Fresques murales peintes par des prisonniers de guerre français à Brême

Des traces d'histoire retrouvées sous une couche de chaux

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Des prisonniers de guerre français affectés à un kommando de travail dans le port de Brême ont réalisé sur les murs du hangar leur servant de dortoir des fresques qui constituent des documents d'histoire uniques et d'une importance exceptionnelle.
Treize tableaux de grand format montrent des scènes de leur vie quotidienne en captivité : on voit les prisonniers en train de décharger des navires, en quittant les bateaux après la journée de travail, pendant la toilette du matin, devant l'établi, lors de la distribution de vêtements, en train de laver leur linge, d'éplucher des pommes de terre, pendant une pause-cigarette et enfin pendant leur sommeil. Ces fresques couvrent les deux murs en longueur du hangar à 2,20 m du sol et ont été peintes pendant l'hiver et le printemps 1942/43.
Pendant longtemps ces tableaux étaient tombés dans l'oubli. Les murs du hangar avaient été repeintes après la guerre et l'on s'en était servi de nouveau pour le stockage de biens. Seulement en 1989, un ancien prisonnier russe, en visite à Brême, se souvint d'avoir aperçu ces fresques dans le camp de ses camarades français et permit ainsi leur redécouverte.
Or, comment les sauver de la menace d'une dégradation ultérieure ? Le projet de les conserver dans le hangar même se heurta aux projets du propriétaire de reconstruire cette partie du port. Comment conserver ces rares traces encore visibles du passé national-socialiste et de ses victimes ?
En 1996 les tableaux purent enfin être décollés, sauvegardés et en partie restaurés par l'office régional des monuments historiques. Depuis 2001, quatre d'entre eux sont exposés publiquement et en permanence au foyer des archives d'Etat de la ville de Brême.
Ainsi le public a-t-il de nouveau accès à des représentations authentiques de cette période de l'histoire brêmoise dont il ne reste que très peu de traces visibles dans la ville.
Captivité et travail forcé à Brême
Environ 4.200 prisonniers de guerre français furent affectés aux différents commandos de travail à Brême pendant la guerre. Si on y ajoute les déportés concentrationnaires, les travailleurs civils des deux sexes réquisitionnés dans les pays occupés en Europe de l'Est comme de l'Ouest, ainsi que les prisonniers de guerre des autres nationalités et les " internés militaires " italiens, les travailleurs étrangers étaient au nombre d'environ 70.000. Cette main d'oeuvre nombreuse compensait les appels toujours plus nombreux d'ouvriers allemands pour partir sur le front comme soldats. Elle devait assurer les besoins de l'économie de guerre ainsi que l'approvisionnement général de la population et la prestation de services variés. Il y avait des prisonniers de guerre affectés au travail dans presque tous les secteurs de l 'économie: dans l'industrie d'armement, sur les chantiers navals (AG Weser), à la construction de véhicules (Borgward) et d'avions (Weser-Flug), mais aussi dans les services de voirie, dans le port, à l'usine à gaz, chez de nombreux artisans, dans l'agriculture et enfin à la construction de la base de sous-marins de Farge.
Une multitude de réglementations constituait le cadre de la vie en captivité : ainsi les relations privées entre la population et les prisonniers - " L' ennemi est toujours l'ennemi " comme le rappelait sans cesse la propagande officielle - étaient strictement interdites. Les prisonniers portaient sur le dos la mention "KGF" peinte en grandes lettres blanches et il leur était défendu de marcher en groupes sur le trottoir, pour ne nommer que quelques-unes des mesures discriminatoires qui marquèrent leur quotidien.
Bientôt, les espoirs d'un retour rapide dans leurs familles et la confiance dans le régime de Vichy, qui pratiquait une collaboration d'Etat de plus en plus ouverte, s'étaient considérablement affaiblis parmi les prisonniers, qui, en effet, furent pour la plupart retenus en Allemagne jusqu'à la fin de la guerre. Leur approvisionnement fut particulièrement dramatique pour les vêtements dès 1941 et pour la nourriture après la libération de la France quand les colis de chez eux n'arrivèrent plus, qui avaient jusque-là complété les trop maigres rations allemandes. De toute manière, les contacts avec les familles étaientt strictement réglementés et les rares lettres permises furent soumises à une censure systématique.
Dans les camps, les prisonniers vivaient entassés les uns sur les autres, sans aucune intimité possible. La vermine et les épidémies étaient à l'ordre du jour. Pire encore fut le manque de protection contre les attaques aériennes - les prisonniers n'avaient pas accès aux abris réservés à la population civile et devaient se contenter de tranchées offrant seulement une protection sommaire contre les éclats. Souvent il leur fut même imposé de continuer le travail malgré l'alerte.
S'il y a quelque souvenir moins amère qui leur reste du temps de la captivité, c'est l'un ou l'autre geste de solidarité dont des brêmoises et des brêmois eurent le courage et l'expérience de la camaraderie de la " popote ".
Le "Kommando Admiral Brommy"
En août 1940, 600 prisonniers de guerre français quittèrent le Stalag XB de Sandbostel près de Bremervörde pour être affectés au kommando "Admiral Brommy" qui fournissait de la main-d'œuvre à diverses entreprises du port de Brême.
Le cargo désaffecté du nom d'"Admiral Brommy" à quai dans la partie du port destinée à l'importation de bois, servait, dans un premier temps, de logis aux prisonniers. Les conditions d'hygiène y étaient si déplorables et les méthodes de discipline pratiquées par le commandant en place si brutales que, alertée par de nombreuses plaintes lors de ses inspections en 1941 et en1942, la Croix Rouge Internationale obtint le déménagement des prisonniers français de ce navire et leur logement à terre à partir de 1942. Le "Brommy" hébergea ensuite des travailleurs forcés russes.
Le nouveau domicile des prisonniers français, le hangar N° 27 du port aux usines, avait, lui aussi, plusieurs inconvénients : il fut difficile à chauffer et pour améliorer l'aération, il fallut rajouter des fenêtres à cette bâtisse des années 20. Les fresques murales furent sans doutes peintes dans le courant de ces travaux de construction qui eurent lieu entre l'été 1942 et début 1943.
Réalisation et technique
Les tableaux sont d'une composition simple et ont été réalisés par des non-professionnels ayant à leur disposition des moyens rudimentaires. Parmi les différents auteurs, dont les styles et les signatures varient, seul le nom de David Alois nous est connu par un témoignage.
Les fresques couvrent une superficie de 105 mètres carrés, allant d'une hauteur du sol de 2,40 m à 4,40 m (jusqu'en haut des lits superposés). Elles ont été réalisées en couleurs en détrempe, appliquées sur une couche de chaux.
Les tableaux ayant été peints, évidemment, avec l'accord des autorités, les éléments de critique par rapport aux conditions de vie et de travail qu'ils contiennent, ne sautent pas aux yeux et doivent être décryptés par un regard attentif sur des détails qui paraissent à première vu anodins.
Ces fresques murales peintes par des prisonniers de guerre dans le port de Brême constituent un document historique unique. De telles représentations de la vie quotidienne en captivité sont tout à fait exceptionnelles.
Des répliques de ces fresques font depuis quelque temps partie de l'exposition permanente du "Mémorial pour la Paix" à Caen (Normandie).